Terres Exsangues (année 1999)

Le requiem des Ardennes françaises
 
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 Fin du chapitre (22 octobre 1984)

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Lestat
Pontife de l'Ethificat
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MessageSujet: Fin du chapitre (22 octobre 1984)   Ven 4 Nov - 19:47

Light of the Seven

Elle marcha dans une flaque d’eau en sortant de sa voiture mais n’y prêta pas attention. Elle claqua la porte et s’éloigna. La sérénité du petit lac créé par une pluie matinale venait d’être troublée par l’écrasement d’un météore sur sa surface en le faisant exploser en plusieurs raz-de-marée qui le vidèrent presque entièrement de son contenu. L’onde de choc continua de se répercuter sur ce qui restait de la source d’eau croupie désormais aussi trouble que tremblante. Après quelques secondes, lorsque le temps fit son œuvre et que la flaque d’eau recouvra une certaine stabilité, elle était l’ombre de ce qu’elle était. Une grande partie d’elle-même s’était échappée sur le goudron environnant, laissant une petite alcôve presque vide au fond de laquelle un vestige stagnant de sa profondeur passée gisait encore, à peine perceptible dans l’obscurité nocturne.

Parfois, il suffit d’un unique événement brutal pour ébranler les fondements même d’une vie. Parfois, le choc est tel que même le pouvoir du temps n’est pas suffisant pour rétablir l’intégrité de ce qui a été brisé. Pour certains, cet éclatement violent est source de désespoir ; pour d’autre, il constitue une chance de se reconstruire sur quelque chose de nouveau. Pour tous, il y a un prix à payer. Tôt ou tard, le Diable avec lequel un pacte a été signé, volontairement ou non, vient réclamer son dû.
Pour Alain, Luc et Elena, c’était dans une cave que leur sang avait coulé sur un contrat démoniaque, contre leur volonté. Mais c’est dans un garage qu’ils avaient posé leur plume sur ce sang dont ils s’étaient servis comme encre afin de signer de leur nom, en lieu et place d’abandonner la seconde vie qu’un monstre d’un autre temps leur avait involontairement offert. Depuis ces deux ténébreuses renaissances, ils avaient tué, plusieurs fois. A chaque fois, la faim dévorante qui les animait et la monstruosité de leur nouvelle condition avaient été responsables et les avaient poussés à l’irréparable. Ainsi, ils comprirent qu’une nature capable de les faire agir contre leurs valeurs, leurs idéaux et leur conscience, ne pouvait être qu’une nature intrinsèquement monstrueuse dont ils étaient les victimes et avec laquelle ils devraient désormais composer.

Pourtant, derrière tous les cadavres, tous les mensonges, derrière la faim, le sang et la nuit, une lumière ne scintillait-elle pas ? Peut-être pas la lumière de l’astre solaire, désormais leur Némésis, mais une flamme plus ténue mais néanmoins capable de réchauffer leurs corps désormais froids.

Alain, ce petit homme perpétuellement inquiet et soumis qui avait toute sa vie servi de serpillère, et pourtant si fort à sa manière dans sa dévotion envers sa sœur handicapée moteur ; Alain, l’homme au chapeau désuet et à la démarche incertaine, avait trouvé une nouvelle force d’âme dans les ténèbres de sa condition qui lui avait permis de s’affirmer. Bien plus important encore, la malédiction de son sang damné s’avérait être une bénédiction pour sa sœur qui avait ainsi put se guérir des entraves débilitantes de son handicap. Le visage d’Emma était à présent libéré des crispations initiées par son système nerveux défaillant, des crises d’épilepsie aigües et des spasmes musculaires douloureux ; et après quelques semaines ou mois de rééducation, elle serait à nouveau capable de marcher. Aujourd’hui, et grâce à sa damnation, Alain retrouvait le visage souriant de sa sœur alors qu’ils passaient la soirée ensemble, riant ensemble, s’étonnant ensemble, et marchant ensemble vers le phare d’espérance de l’autre côté du lac de ténèbres.  

Elena, la belle humaniste à l’ambition d’acier trempé ; lorsqu’elle était revenue à Charleville, elle avait sur ses épaules le poids immense de devoir redresser une usine en faillite dans un département en pleine perte de vitesse économique. Elle, la jeune pousse de vingt-sept ans, devait réussir là où son frère et ses prédécesseurs avaient échoué. A cette situation déjà désavantageuse s’ajoutaient les frasques d’un frère en perdition ayant accablé la société de dettes et s’étant lui-même exposé au point d’en trouver sa vie menacée. Et puis, Elena s’était vue transformée par Marie-Anne. D’abord horrifiée par ce qu’elle était devenue, elle avait finalement su employer ses nouveaux dons pour convaincre des investisseurs, faire tomber les dettes qui plombaient l’entreprise, sauver la peau de son frère, et forger une image publique pour elle-même et son usine. En guise de cerise sur le gâteau, elle était ainsi parvenue à instaurer de l’espoir dans le cœur de ses ouvriers quant à leur avenir professionnel. Après avoir fêté dignement cela avec son entourage professionnel, elle se trouvait maintenant à la Céléstine, au milieu de ses invités composés d’amis loyaux et d’une nouvelle flamme qui pouvait partager avec elle toute sa vie, y compris sa part surnaturelle. Souriante, voir même heureuse, son regard parcourait la table à la recherche de chacun des convives : Tommy en plein débat politique avec Charlie, Brigitte qui s’était entichée de Luc et lui racontait certains de ses voyages, et Rose qui racontait à Elena la vie de chacun de ses enfants. L’avenir d’Elena s’annonçait radieux.

Luc avait toujours été un solitaire. La seule personne en qui il avait confiance, son frère Michel, l’avait finalement trahi et il avait ainsi vécu de boulot louche en chasse au trésor sans suite afin de survivre à son existence vide de toute relation. Après s’être extirpé de terre, Luc avait été celui d’entre lui et ses deux compagnons vampires qui s’était adapté le plus vite. Après tout, sa vie ne s’était jamais résumée qu’à s’adapter et à survivre à la prochaine journée. La seule différence était qu’il cherchait désormais à survivre à la prochaine nuit. Pourtant, la nouveauté de sa condition lui avait donné un but. Il avait cherché à comprendre sa nouvelle nature et avait ainsi découvert les puissantes propriétés de son sang et la manière dont les siens pouvaient renforcer leurs capacités. Luc avait aussi frôlé la mort, et cette expérience traumatisante lui avait donné le courage de pardonner à son frère avec qui il tentait depuis de reconstruire une relation fraternelle. Luc avait également créé des liens forts avec les deux autres personnes qui s’étaient trouvées damnées en sa compagnie, des liens qui n’avaient été possibles que grâce à ce qui lui était arrivé. Et aujourd’hui, il éprouvait pour l’une de ces deux personnes un sentiment qui lui donnait pour la première fois envie de vivre plutôt que de simplement exister.

Alors, la flamme fébrile qui brillait devant eux était-elle vraiment le symbole d’un avenir plus lumineux, ou était-elle le vestige mourant de ce qu’ils auraient pu avoir s’ils y avaient vraiment travaillé de leur vivant ?

Le lendemain, à son réveil, Alain descendit comme à son habitude afin de retrouver sa sœur. Il était encore dans les escaliers lorsqu’il l’entendit crier de manière hystérique. Lorsqu’il déboula dans le salon, Emma était à terre, secouée de violents spasmes musculaires, son visage tordu par l’influx nerveux pervers de son terrible handicap. La bave aux lèvres, Emma, hurlait de douleur, de frustration, et de désespoir alors que son frère se précipitait à ses côtés tandis que ses espoirs s’éteignaient.

Luc profitait du diner avec les proches d’Elena bien plus qu’il ne l’avait anticipé. Mais les choses changèrent lorsque Vincent, le benjamin de la famille de Charlie évoqua sa volonté d’être inscrit en club de boxe. Quelques heures auparavant, avant de rejoindre Elena et ses hôtes, Luc était allé chasser et avait pris pour cible une jeune femme vaillante qui venait de quitter son club de boxe. Elle s’était battu avec ferveur, mais contre le vampire, elle n’avait pas eu une chance. Il se remémora à cet instant les derniers mots qu’elle avait murmuré tandis que ses dernières forces l’abandonnaient : « Pitié…ne…me…tue…pas. »

Tommy souriait à Elena de l’autre côté de la table. Il passait véritablement un bon moment et son enthousiasme était communicatif.


« Allez, Elena, je sais que Brigitte va encore rouler des yeux, mais tu vas me goûter ce vin et me dire si je n’avais pas raison en disant qu’on pouvait mourir pour un tel millésime ! »

Le regard d’Elena se brouilla.

D’un souffle du destin, la flamme d’espérance s’éteignit.

Elle s’éloigna de sa voiture et se rendit compte que sa chaussette était humide. Elle avait marché dans une flaque d’eau. Elle décida d’ignorer ce détail et releva la tête. Les lumières bleues et rouges des gyrophares se reflétaient sur les murs et les vitres de la maison. Des barrières avaient été placées tout autour des prémisses afin d’établir un périmètre de sécurité, et quelques badauds avaient quitté la chaleur de leur lit pour être témoins de ce qui se déroulait dans leur voisinage. L’un des camions d’ambulance était ouvert par l’arrière et du personnel médical hissait un brancard à l’intérieur sur lequel était allongée une personne au visage recouvert d’un masque à oxygène. Trois brancards émergèrent de l’entrée principale de la demeure, tous recouverts d’un drap blanc.

Son collègue apparut juste à côté d’elle, et ils restèrent un moment ainsi, en silence, perdus dans une contemplation morbide. Il brisa le silence :


« Et maintenant ? »

Elle plissa le menton quelques secondes avant de répondre :

« Maintenant, on retrouve les enfoirés qui ont fait ça et on leur fait payer. »

Elle alluma une cigarette.

_________________
Chantre de la Confrérie de l'Ethique, Saigneur de l'Ethiquetage, Pontife de l'Ethificat, Philosophe du courant Ethiquiste, Ethiquetosaurus Rex, Souverain du royaume d'Ethiquor, l'Ethiquetor, El Ethicador, l'Ethichrist, Le Dalai Léthique, Guillermo Del Ethico, Napoléthique, Toutanéthique, Australopithéthique, Ethiquetologue, Valar Ethiquetis, L'Ethiquetomaniaque, Caïus Ethiquetus.
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