Terres Exsangues (année 2002)

Le requiem des Ardennes françaises
 
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 Echec au roi

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Lestat
Pontife de l'Ethificat
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Messages : 2502
Date d'inscription : 02/09/2016

MessageSujet: Echec au roi   Sam 18 Nov - 14:28

Une expression de dégoût se peignit sur son visage lorsque le colosse empala le dernier homme sur le crochet de boucher.  Pas de doute, elle était bien dans l'antre d'un monstre. Du monstre.

Lorsqu'il fit son apparition, son masque de loup dissimulant son visage, elle fit instinctivement un pas en arrière pour se mettre à couvert de l'ombre, comme s'il risquait de la reconnaître. Son cerveau reptilien savait que c'était impossible, il n'avait jamais posé son regard sur elle; mais sa haine à son égard était telle qu'elle créait une sorte de proximité qu'elle pouvait imaginer être à double sens. Lorsqu'il proféra ses menaces, elle dut se retenir pour ne pas bondir stupidement dans sa direction pour lui planter son couteau à répétition dans la gorge. Elle signerait ainsi son arrêt de mort et n'atteindrait pas son but. Alors, elle attendit et nota mentalement qu'il faudrait faire attention aux ouvreurs, et que le gros lapin bipède constituerait une sérieuse menace. Jetant un regard en direction des cages, elle garda également à l'esprit que le beauceron imbattable pourrait aussi poser problème. Forte de ces informations, elle attendit que la nuit sauvage se termine et quitta les lieux.

...

Musique: Reallyslowmotion Your God is Dead

Alain quitta le pub un peu avant que Clémence ne termine son service, accompagné de Ben, son fidèle et inquiétant garde du corps. Ils marchèrent jusqu'à la voiture garée sur le parking et Ben ouvrit la porte arrière pour que son maître s'installe à sa place. Puis, il referma la porte et se dirigea vers le côté conducteur. Jetant un oeil par la fenêtre, Alain distingua l'espace d'une seconde un camion style transporteur qui fonçait vers eux, sans phare. Il hurla pour avertir son serviteur qui tourna la tête juste avant que le véhicule hostile ne le percute de plein fouet pour l'écraser contre la voiture du vampire. Le choc secoua Alain tandis que l'intérieur de sa portière se gondolait sous l'impact. Ben laissa échapper un grognement guttural alors que ses jambes massives étaient écrasées. Le vampire se détourna, cherchant à gagner l'autre portière. Il sentit le choc avant de voir qu'un autre véhicule percutait le sien par l'autre côté.

Plusieurs silhouettes émergèrent des véhicules et certaines grimpèrent même sur la voiture d'Alain. Ce dernier s'acharna sur les poignées des portes mais celles-ci étaient bloquées par la pression exercée par les fourgons. Il ne pouvait pas sortir par là et il sentit sa bête s'agiter. Pas de doute, il était attaqué. Le pare-brise fut éclaboussé par un liquide projeté sur lui par l'un des assaillants. Le bruit caractéristique des éclaboussures se répéta sur le toit et sur le pare-brise arrière et une odeur d'essence commença à se répandre qui terrifia le monstre acculé qu'était le roi des bêtes. Il vit Ben se faire lui-même éclabousser et décida de tenter de se faufiler entre les deux sièges avant pour passer de l'autre côté. Un bruit au dessus de lui lui indiqua qu'un des assaillants s'était retiré du capot. Puis, une silhouette apparut à quelques mètres du pare-brise avant; il y eut une étincelle et une flamme naquit entre les doigts de l'homme. Ce dernier approcha le briquet de son visage afin que la lumière s'y reflète.

Son visage était plus dur, moins lisse, sa chevelure plus légère et il arborait une barbe grisonnante, mais les sens développés d'Alain lui permirent d'identifier sans l'ombre d'un doute possible celui dont il avait souvent soupçonné qu'il pourrait causer leur perte, et qui lui avait déjà donné raison par le passé: Simon Valence. Son visage s'éteignit et l'allumette vola vers la voiture dont la surface commença à s'embraser. Pris d'une panique sourde, Alain feula de rage et de terreur tandis que le monstre prenait le dessus. Il s'arracha aux sièges arrières et se hissa vers l'avant de la voiture tandis que la température grimpait inexorablement et qu'une odeur de soufre lui annonçait sa mort prochaine. Arrivé à l'avant, il s'assit sur un siège et projeta ses pieds contre le pare-brise à de multiples reprises, frénétiquement et avec l'énergie du désespoir. Mais les vitres d'une voiture sont plus solides que dans les films et Alain n'était pas assez fort. Les vitres des portières éclatèrent sous la chaleurs et des flammes en profitèrent pour commencer à lécher l'intérieur du véhicule, transformant l'espace confiné en une véritable antichambre de l'enfer qu'Alain s'apprêtait sans nul doute à rejoindre. Il ne chercha pas à se faufiler par les ouvertures ainsi créées puisque les fourgons en bloquaient l'accès. Ben, lui, avait commencé à s'embraser et son hurlement inhumain résonnait maintenant comme un glas. Mais, mut par la loyauté du sang, pressé contre la portière avant, Ben se tordit comme il put et commença à frapper le pare-brise du poing comme un marteau, son allonge considérable lui permettant de l'atteindre. Il frappa, encore, encore et encore jusqu'à ce que sa force titanesque associée à l'affaiblissement des matériaux sous l'effet de la chaleur n'ait raison du pare-brise. Ce dernier se fendit puis vola en éclat.

Hurlant de terreur, Alain escalada le tableau de bord pour se hisser par l'ouverture. L'appel d'air attira les flammes rugissantes à l'intérieur  et il se rejeta en arrière sous l'effet de la douleur et de la terreur. Ses habits prirent feu et il sentit l'immonde chaleur lui brûler sa peau non-vivante, bercé par les cris bestiaux de son serviteur. Son instinct de survie prenant le dessus, il retenta à nouveau de fuir et parvint cette fois à se hisser partiellement sur le capot du véhicule. Mais les flammes lui mangeaient désormais les jambes et s'attaquaient au dos de sa veste. Ecrasé par la douleur, il se trouvait de moins en moins capable d'avancer. Alors, il sentit une étreinte puissante le saisir au niveau du bras. Ben le tira jusqu'à lui d'un angle asymétrique et son flanc fut coupé par les bris de pare-brises. Le colosse saisit son maître des deux mains puis porta son corps enflammé à bout de bras. Lançant un ultime râle d'effort, il projeta Alain le plus loin possible devant la voiture. Le vampire alla s'écraser deux mètres plus loin contre le goudron et se tordit de douleur tel un vulgaire asticot alors qu'il se transformait en torche non-vivante et que sa peau se consumait.

Un sceau d'eau fut projeté sur lui qui eut l'effet d'une centaine de couteaux glacés. Puis, plusieurs silhouettes s'affairèrent autour de lui pour le tapoter à l'aide de draps sales dans le but d'éteindre les flammes. Enfin, il fut saisit et soulevé de terre, son corps meurtri l'empêchant de se défendre, et ses blessures trop graves pour que la vitae puisse lui permettre de se soigner. Il fut balancé sans tact à l'arrière de l'un des fourgons. Puis, les portes se refermèrent et le véhicule démarra. L'un de ses gardiens se pencha au dessus de lui pour l'immobiliser; soudain, un serpent jaillit de sous la chemise d'Alain et saisit l'assaillant à la gorge. L'homme se redressa et arracha le serpent avant de le balancer loin de lui et se s'écrouler, paniqué. Valence s'agenouilla près d'Alain et lui balança un énorme coup de poing au visage. Puis un autre. Et encore un autre. Alain ne sut pas à combien son bourreau décida de s'arrêter car la torpeur le prit avant.

...

Musique: Twelvetitansmusic Echo

- Il se réveille.

- Donc tu avais raison, il n'est pas mort.

- On a réussi.

- Mais au prix d'un ami... encore.

- Il va payer. Pour lui. Pour tous les autres.

Il était incapable de bouger et c'était moins à cause des chaînes qui l'entravaient que de son corps meurtri par ses terribles brûlures. Il ouvrit les yeux et réalisa qu'il ne voyait que d'un oeil. Alors qu'il entrouvrait la bouche, une vive douleur irradia une partie de son visage, celle qui avait été considérablement brûlée. Ils étaient quatre. Trois hommes, dont Simon Valence, et une femme d'environ trente ans. Cette dernière s'empara d'un couteau posé sur la table et braqua un regard plein de haine en direction d'Alain. Valence lui posa un main sur l'épaule pour l'arrêter:

- Attend. Attend encore un peu. J'ai un appel à passer. Après, je te le promets, il sera à toi.

Simon Valence sortit un téléphone portable et composa un numéro de téléphone.

- Commissaire ? C'est... c'est Simon... C'est moi, Simon Valence. Je sais, je sais. Ecoutez... Ecoute. Ecoute-moi, bordel de merde ! Si je t'appelle après dix ans, c'est que j'ai une bonne raison. J'ai quelque chose à te montrer. Ca concerne Alain Vanderbeck. Oui, lui-même. Non, putain, c'est vrai. Je l'ai retrouvé. Je vais te donner une adresse, tu dois m'y rejoindre, mais seule. Fais cette ultime effort pour moi, tu ne le regretteras pas. Moi, peut-être.

Il donna une adresse et raccrocha.

- Et maintenant ?

- On attend. On attend encore un tout petit peu, et on lui règle son compte.

...

Pendant quarante minutes, personne ne lui adressa la parole. Alain ne fit aucun effort pour engager la conversation, il se sentait de toute façon trop impuissant et son corps n'était que l'incarnation d'une effroyable douleur. Le téléphone de Valence sonna, et il quitta la cave dans laquelle ils se trouvaient. Lorsqu'il revint, il était accompagné.

- Mon Dieu... Simon... qu'est-ce que tu as fait ?

La femme s'approcha de quelques pas d'Alain qui la reconnut malgré le passage du temps. La cinquantaine atteinte, elle était toujours rousse mais de nombreuses mèches grises parsemaient maintenant sa chevelure sèche.

- Vanderbeck ?

Alain ne put retenir un sourire cynique qui se transforma vite en rictus de douleur.

- Qu'est-ce que vous lui avez fait ? Simon, tu as passé la ligne rouge.

- Il n'a rien passé du tout, commissaire Beauclair. Il a fait ce qui devait être fait.

La jeune femme avait parlé d'une voix froide et déterminé.

- Vanessa ?

Beauclair semblait interloquée.

- Simon ! Tu es allée l'attirer dans ton délire ? Mais qu'est-ce que tu fous ?

- L'attirer dans mon délire ?! Je lui ai donné un but ! Une raison de vivre et de s'en sortir ! Et maintenant, je vais t'inviter dans mon monde, celui dans lequel je suis entré il y a quinze ans. Tu m'en voudras sans doute encore plus que maintenant, mais pour ce qu'on veut faire, on va avoir besoin de l'aide du commissaire.

Il se tourna vers la jeune femme et lui tendit un pieu en bois.

- Tiens, Vanessa. Et dis-lui bien qui tu es.

- Quoi ...?

Beauclair mis la main à sa ceinture pour prendre une arme, mais les deux autres hommes intervinrent pour l'immobiliser.

- Simon, je te jure que tu es fini !

La jeune femme s'empara du pieu sans un mot et s'avança d'un air déterminé en direction d'Alain. Elle se planta devant lui et le regarda droit dans les yeux. Il ignorait totalement qui elle était, mais de toutes les personnes qu'il avait rencontré dans sa vie, aucune ne l'avait sans doute haït comme cette femme le haïssait.

Un éclair le frappa, et il comprit avant qu'elle ne parle:


- Vanessa Loiseau, ordure.

_________________
Chantre de la Confrérie de l'Ethique, Saigneur de l'Ethiquetage, Pontife de l'Ethificat, Philosophe du courant Ethiquiste, Ethiquetosaurus Rex, Souverain du royaume d'Ethiquor, l'Ethiquetor, El Ethicador, l'Ethichrist, Le Dalai Léthique, Guillermo Del Ethico, Napoléthique, Toutanéthique, Australopithéthique, Ethiquetologue, Valar Ethiquetis, L'Ethiquetomaniaque, Caïus Ethiquetus.
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